Julien Coupat, après sept mois de détention "provisoire", a enfin été remis en liberté ce matin.

Il est parti en se dissimulant dans une voiture pour éviter les reporters qui l'attendaient devant la prison. Dans la matinée, le juge d'instruction Thierry Fragnoli avait ordonné sa remise en liberté, suivant le parquet de Paris, qui avait requis son placement sous contrôle judiciaire. L'accusation a demandé qu'il soit contraint de demeurer en Ile-de-France, de remettre ses papiers d'identité et son passeport et qu'il ait interdiction de rencontrer les huit autres personnes mises en examen. La remise en liberté de ce jeune homme de 34 ans, écroué depuis le 15 novembre, met fin partiellement à une controverse politique sur ce dossier, qu'une partie de la gauche et de l'extrême gauche considère comme un montage. Le PS a salué cette sortie de prison, déclarant dans un communiqué que c'était "une très bonne nouvelle pour Julien Coupat, pour ses proches et pour le Droit". Nicole Borvo Cohen-Seat, présidente du groupe communiste du Sénat, estime que l'affaire tourne au "fiasco".

Quatre demandes avaient jusqu'ici été rejetées par les juges des libertés et, en appel, par la chambre de l'instruction de Paris. Julien Coupat, 34 ans, reste mis en examen pour "destruction en réunion et direction d'une association de malfaiteurs", le tout "en relation avec une entreprise terroriste", des crimes passibles des assises. Juridiquement, sa remise en liberté n'est pas un aveu de faiblesse de l'accusation, puisque la liberté est en théorie la règle dans le droit français, en raison du principe de la présomption d'innocence. En pratique cependant, la remise en liberté de tous les membres de ce qui est suspecté être un groupuscule violent n'est quasiment jamais prononcée avant le procès. Julien Coupat est présenté par l'accusation comme le chef d'un mouvement d'ultragauche auquel sont imputés les sabotages commis par le placement de fers à béton sur des caténaires dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008, ainsi que le 26 octobre 2008. Il clame son innocence et se dit victime d'un dossier monté de toutes pièces. Neuf personnes sont mises en examen au total dans ce dossier mais Coupat était le dernier à être en prison, les autres personnes ayant été libérées au fil de l'enquête. Dans un texte publié cette semaine dans Le Monde, il décrivait la prolongation de sa détention comme "une petite vengeance" mais se réjouissait paradoxalement de son sort, dont il rendait responsable ce qu'il appelle "la clique sarkozyste". "Chaque manoeuvre par quoi ils se figurent conforter leur pouvoir achève de le rendre haïssable. En d'autres termes : la situation est excellente, ce n'est pas le moment de perdre courage", disait-il.

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"Julien Coupat, le romantique de Tarnac, coupable de ce qu'il pensait et de ce qu'il avait dans la tête, plutôt que de ce qu'il a fait, symbolise désormais la victime des abus judiciaires du régime", déclare M. Montebourg dans un communiqué. "Maintenant qu'il est enfin libre, et que la justice a relâché ce prétendu dangereux terroriste, il va falloir que la ministre de l'Interieur s'explique sérieusement sur la manipulation à laquelle elle a honteusement prêté sa main et qui a conduit à priver de liberté ces jeunes gens", s'enflamme le député de la Saône-et-Loire. Pour lui, "sept mois de prison infligés à un innocent pour faire monter une sauce politicienne au goût infect, dans n'importe quel pays démocratique cela vaut une démission".