A la veille de la reprise des négociations israélo-palestiniennes à Washington, c'est une polémique dont l'Etat juif se serait bien passé : un rabbin qui souhaite la mort des Palestiniens, à commencer par Mahmoud Abbas, le seul interlocuteur d'Israël dans le processus de paix. Un rabbin, et pas des moindres puisqu'il s'agit d'Ovadia Yosef, le fondateur du Shass -parti ultra-orthodoxe membre de la coalition au pouvoir. Le religieux, personnage-clé de la scène politique israélienne, a dénoncé samedi la reprise jeudi des pourparlers, sous l'égide de l'administration Obama, et a ajouté, à propos du président de l'Autorité palestinienne : « Abu Mazen [nom de militant de Mahmoud Abbas, ndlr] et tous ces gens malfaisants devraient périr. »

Le Shass, parti issu de la minorité séfarade d'origine marocaine et créé par Ovadia Yosef dans les années 80, fait partie de l'attelage gouvernemental dirigé par Benyamin Netanyahou. Son cabinet n'a pas tardé à réagir : « Les remarques du rabbin Ovadia Yosef ne reflètent ni les vues de Netanyahou, ni celles du gouvernement israélien. Israël compte prendre part aux négociations pour la paix en vue d'avancer vers un accord de paix avec les Palestiniens, qui mettrait fin au conflit et assurerait la paix, la sécurité, et de bonnes relations de voisinage entre les deux peuples. » Le premier ministre israélien se désolidarise donc de ces déclarations, mais ne les condamne pas pour autant.

Il faut dire qu'Ovadia Yosef est le chef spirituel du cinquième parti du pays. Avec 11 élus sur 120 à la Knesset, l'assemblée israélienne, le Shass est incontournable pour trouver une majorité et bâtir un gouvernement. Depuis vingt ans, la formation monnaie chèrement sa participation à la plupart des exécutifs israéliens, obtenant de larges subventions pour ses œuvres sociales. Le rabbin séfarade, âgé de 89 ans, n'en est pas à sa première controverse : il s'attaque régulièrement aux femmes, aux homosexuels ou encore aux laïcs. En mai 2009, il déclarait ainsi que les victimes de la Shoah avaient été punies pour les péchés qu'elles avaient commis dans des vies antérieures. Quant aux 119 soldats tués pendant la seconde guerre du Liban, ils seraient, eux aussi, morts à cause de leur péchés.

Face aux critiques virulentes engendrées par ces propos, le rabbin se défend en invoquant les textes religieux. Tout son discours est d'ailleurs basé sur son interprétation des écrits qui lui font parfois prendre des positions surprenantes. Sur d'autres points, il se montre au contraire plus ouvert : alors que certains ultra-orthodoxes refusent toujours de reconnaître la judéité des juifs éthiopiens, le rabbin Ovadia Yosef l'accepte et menace de renvoyer tout directeur d'école religieuse qui refuserait l'accès aux classes à des élèves d'origine éthiopienne. C'est aussi son interprétation des textes qui le mène, durant les années 90, à soutenir le processus de paix enclenché par les travaillistes Yitzhak Rabin et Shimon Pérès. Il se disait alors prêt à des concessions territoriales : il affirmait alors que les hommes valaient plus que la terre. Il a visiblement radicalement changé d'avis depuis sur la nature du processus de paix et la nécessité d'un accommodement avec le voisin palestinien. En 2006, un sondage auprès de la jeunesse israélienne le désignait comme personnalité la plus influente du pays. Fort de cette popularité et de sa dizaine de députés, il reste donc intouchable sur la scène politique israélienne. Quelles que soient ses outrances verbales.

In Rue89