En recul dans les sondages, le Parti socialiste espère prospérer sur la posture de l'unité retrouvée et tente de contrer "l'OPA" du MoDem alors que l'UMP surfe sur le thème sécuritaire avant le scrutin européen.

A dix jours des élections du 7 juin, le PS est passé sous la barre des 20% d'intentions de vote (19%), distancé de sept points par l'UMP (26%), selon une enquête TNS-Sofres Logica pour Le Monde, France Télévisions et Radio France. Le Mouvement Démocrate de François Bayrou s'ancre à la troisième place avec 14% devant les listes Europe Ecologie de Daniel Cohn-Bendit (11%). Lors du précédent scrutin de juin 2004, les socialistes avaient obtenu 28,89% des voix et 31 sièges, l'UMP 16,64% des suffrages et 11 sièges, les centristes de l'UDF 11,95% (11 sièges) et les Verts 7,40% (six sièges). "Je dis 'Attention, Danger'", a déclaré sur France 2 le député socialiste Pierre Moscovici, d'autant qu'une abstention record menace.

"Si l'UMP est en tête, Nicolas Sarkozy dira 'J'ai remporté une victoire', ça lui donnerait encore plus de marge de manoeuvre, les coudées encore plus franches pour remanier et porter des coups plus durs dans une politique de liquidation sociale et de liquidation des services publics", a-t-il dit. Même s'il est loin d'atteindre le score de 31% obtenu par Nicolas Sarkozy au premier tour de la présidentielle de 2007, le parti majoritaire s'emploie à asseoir sa suprématie pour transformer le scrutin européen, traditionnellement défavorable au pouvoir en place, en un plébiscite pour le président de la République dont l'impopularité persiste. Le thème de l'insécurité, moteur rituel des campagnes de la droite que Nicolas Sarkozy a réactivé, sert ce dessein."Chaque famille cherche à mobiliser son électorat, c'est normal", justifiait mercredi Xavier Bertrand, secrétaire général de l'UMP. Le chef de l'Etat a annoncé jeudi une série de mesures contre l'insécurité, notamment à l'école, à la suite d'incidents graves survenus dans des collèges. Les analystes observent que la relance des questions de sécurité vise non seulement à remobiliser le noyau dur de l'électorat UMP mais aussi à mettre en difficulté le PS, mal à l'aise et divisé sur ce terrain, ainsi que le MoDem. "Le PS choisit résolument la politique de l'autruche là où la majorité présidentielle a choisi résolument l'action", affirme dans un communiqué le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre, cible des foudres socialistes. François Fillon a lui-même abordé ce thème, absent jusqu'ici de ses discours électoraux, lors d'un meeting mercredi soir à Mulsanne (Sarthe). Le gouvernement, a-t-il dit, continuera de "combattre l'insécurité partout et surtout à l'entrée de nos écoles". Le Premier ministre n'a pas épargné Martine Aubry et Ségolène Royal, qui rejouaient l'entente cordiale au même moment à Rezé (Loire-Atlantique) pour tenter de galvaniser des électeurs en manque de repères dans une campagne erratique hésitant entre le "vote sanction" et le "vote utile".

Les enquêtes montrent que l'électorat socialiste est enclin à se disperser vers les listes de la gauche radicale et écologiste, mais surtout vers les listes de François Bayrou, l'ennemi à abattre aujourd'hui pour le PS. "Il y a une concurrence qui s'exerce, qui est extrêmement forte et de sa part une volonté d'OPA sur l'électorat socialiste à laquelle on doit résister si on veut continuer d'incarner l'alternance de gauche", a commenté Pierre Moscovici. Tentative d'OPA dont le président du MoDem s'est défendu sur LCI. "François Bayrou est un rassembleur, il a vocation le moment venu à réussir le rassemblement le plus large", a déclaré son "bras droit", Marielle de Sarnez, sur Europe 1. Le PS "est un parti qui ne va pas très bien, qui n'a pas bien trouvé sa place dans l'élection européenne en cours. On verra ce que les électeurs disent le 7 juin", a-t-elle ajouté.