Bon, je ne veux pas polémiquer sur "l'affaire" Bayrou/Cohn-Bendit, même s'il y aurait fort à dire. Je veux juste rappeler à ceux qui se réjouissent depuis une semaine en clamant bien haut que Bayrou est mort politiquement qu'ils ont élu ou fait élire un président qui leur dit "Casse-toi pauvre con". Mais, après ces belles réjouissances, il faut un peu songer à notre avenir, et à qui sera le plus à même de contrer notre nabotléon en 2012. Cela fait quatre ans que je dis que ce sera Bayrou. Nous - et lui en premier lieu - avons encore trois ans pour le démontrer. Il n'en va pas d'un simple succès personnel, auquel on veut le réduire - et cela semble marcher, il en va de notre avenir à tous. Bayrou est l'ennemi à la foi de la droite et de la gauche, cela se vérifiera de plus en plus au fil des mois prochains. Alors si aucun de ces bords ne vous convient, vous savez ce qu'il vous reste à faire : envisager la possibilité "centrale", médiane. Et ce n'est pas qu'une possibilité, j'en fais ici le pari. Bientôt cet incident sera oublié, puisqu'il est foncièrement anodin, et lorsque le vote écolo sera vidé de sa substance et que le buzz Cohn-Bendit sera encore une fois dégonflé, il n'y aura pas d'autre recours que de revenir à l'essentiel, qui englobe aussi le problème écologique : l'humanisme démocratique du MoDem. Alors, certes le parti ne vit qu'à travers lui, mais personnellement je ne vois personne d'autre qui ait la carrure. Je vous laisse donc juges de sa renaissance à venir, pour vous en convaincre.

Allez, juste pour le plaisir, une magnifique analyse du grand intellectuel "light" Alain Minc, digne des plus grandes sodomies muscaphiles :

Que n’ai-je lu, en particulier dans Marianne, pour avoir traité François Bayrou de « Le Pen light » et pour avoir affirmé que ses racines ne plongeaient pas dans la démocratie chrétienne mais dans la vieille droite nationaliste, catholique, inconsciemment xénophobe ! Les campagnes électorales servent toujours de sérum de vérité. Bayrou a tombé le masque en direct  à la télévision. CQFD. Le complot des puissants aux ordres de Nicolas Sarkozy pour manipuler les sondages ? La présence du journal Le Monde, parmi les mandataires, aux côtés de la télévision publique, de la Sofres, n’a même pas suffi pour obliger Bayrou à se contenir… Qui a embrayé sur le délire bayrouiste ? Marine Le Pen !  Un hasard, sans doute. Seule l’extrême droite a toujours cédé en France au fantasme du complot ; jamais l’extrême gauche n’est, par exemple, entrée dans cet engrenage. C’est un premier indice. Quant au second dérapage, l’attaque ad hominem contre Daniel Cohn-Bendit, accusé d’indulgence pédophile, elle réunissait le moralisme du catholicisme le plus conservateur et l’injure personnalisée, grand classique, là aussi, depuis Léon Daudet jusqu’à Gringoire, Maurras inclus, de l’extrême droite.

Entendons-nous bien – je n’ai jamais accusé Bayrou d’être délibérément un Le Pen masqué. Je suis convaincu qu’il mène un travail quotidien pour effacer les traces d’un héritage culturel contradictoire avec le hold-up qu’il a réussi sur la démocratie chrétienne et avec une ambition de rassemblement, d’essence gaulliste, dont il s’est artificiellement doté. L’inconscient se venge toujours de l’excès de rationalité. C’est cet inconscient qui, à mes yeux, amène Bayrou à affirmer que Nicolas Sarkozy n’incarne pas les valeurs de la France. Pourquoi refuser à un homme élu au suffrage universel de symboliser, au moins, les valeurs de son camp ? Parce que, immigré de la deuxième génération, il est étranger au pays, et donc même à sa droite – c’est le même inconscient qui a pris en public le dessus à la veille des élections. Je vous fais un pari. Vous verrez à nouveau cet inconscient en action d’ici au premier tour de 2012 : François Bayrou n’échappera pas, malgré toutes les défenses qu’il a dressées, à d’autres dérapages. Comme Raymond Barre après l’attentat contre la synagogue de la rue Copernic, avec ses « Français innocents », le chef du MoDem nous donnera l’occasion d’apercevoir à nouveau ses vraies racines, celles qu’il essaie d’occulter en se parant abusivement des plumes de Combes, de Blum ou de De Gaulle. Question ultime : faut-il encore tirer sur une ambulance dès lors que les Français se sont chargés  de punir François Bayrou  ?