Je m’y sens bien dans ce Pub. C’est l’endroit idéal pour vivre décemment ma solitude et mesurer pleinement mon misérabilisme, généralement en verres de bière et en parties de billard. Il y a Claude, le gérant, avec qui je parle de musique, de vieux groupes de progressif - c'est un fan des Pink Floyd - et Marlen, la serveuse, une amie canadienne qui était avec moi en Première, il y a trois ans. Elle était repartie chez elle, et je l’ai croisée au printemps, par hasard, et elle m'avait informée que ce Pub allait ouvrir, près des Gaumont. J’aime beaucoup être avec elle. On a pris l’habitude de se voir dans la journée, avant l’ouverture du bar à dix sept heures. Je passe chez elle le midi, ou elle vient déjeuner chez moi. Et nous allons nous promener en ville, dans les jardins, sur les terrasses des cafés, profitant de la douceur de l’été et de notre inactivité. Une tendre complicité nous unit, et nous la goûtons sans rien dire, juste l’un aux côtés de l’autre.
 
Souvent, elle vient se coller tout près de moi, sans rien dire, pendant qu’on regarde des joueurs de billard ou pendant une discussion avec des amis. Elle m’effleure, et je sens son parfum. J’apprécie ces petits moments, sans le laisser paraître, ce sont de petits cadeaux qu’elle me fait. De petits bonheurs à savoir goûter quand ils surviennent. Sans rien attendre d’autre que ce témoignage de tendresse qui m’est personnellement adressé, qui ne signifie pas grand chose, et sûrement rien de plus qu’une amitié sincère et un peu à l’étroit, mais que je me permets de prendre pour un véritable désir, au moins l’espace d’une seconde. Ca me fait une petite satisfaction avant de finir la journée.