Séance 9

Ca fait vraiment plaisir de découvrir ce film, qui me faisait de l'oeil depuis des années. Et c'est donc ce ciné-club qui me permet encore une fois de m'y plonger. Eh bien je ne regrette pas : j'adore ces vieux films romantiques, surtout lorsqu'ils sont comme ici d'une telle qualité formelle. 

Nous sommes donc dans l'adaptation d'une nouvelle de Stefan Zweig, que je n'ai jamais lue, mais je me disais pendant le visionnage que c'était vraiment un texte qui se prêtait idéalement à une adaptation cinéma, par sa structure narrative et son objet. Et, en premier lieu, la réalisation, qui offre vraiment un bel écrin à cette histoire. Au début, comme les précédentes fois avec les paysages italiens et les scènes de voiture, je pensais à « Quand passent les cigognes » avec le plan dans les escaliers et les plans sur les mains qui font très mal semblant de jouer du piano. Mais j'étais avant tout subjugué par la qualité de la photo, de la lumière, des cadres. Vraiment un régal de film à regarder, comme les grands films de cette période. Quelle élégance dans la réalisation, les mouvements de caméra, un classicisme d'une maîtrise totale. Mais, pour continuer sur la comparaison avec le film russe, l'histoire est réduite à peu de choses, et c'est là que je pointerais le principal reproche. 
J'aime beaucoup ce genre de drame romantique très XIXe siècle, dans les ruelles nocturnes de Vienne, cette passion d'une adolescente pour son voisin bourgeois dandy et pianiste virtuose. Joan Fontaine est magnifique dans ce rôle de jeune femme qui admire son voisin, de son appartement, qui se construit grâce à ce repère de père/amant rêvé, imaginant un avenir avec lui. Toujours ce fameux jeu de sourcils, je ne lui aurais pas donné l'Oscar pour le Hitchcock, même si elle y est très bien, mais là oui.
Mais autant j'aime beaucoup certains thèmes développés (assez proche d'un de mes romans préférés « Gertrud » de Hesse), et leur aboutissement attendu (j'aime bien le fait qu'il réalise qu'il est passé à côté de l'amour et finisse par se rendre à son duel, au lieu de fuir et se leurrer, comme il a fait toute sa vie), autant j'ai trouvé ça un peu léger. Je pense qu'il aurait fallu corser certains aspects du récit, mais évidemment ça aurait transformé le texte. Je ne comprends pas pourquoi le film est si court et fait autant d'ellipses qui auraient pu mériter plus de scènes. Je ne comprends pas pourquoi elle ne l'attend pas quand il part deux semaines à la Scala de Milan, pourquoi il ne la recherche pas (ou on ne le voit pas), pourquoi il ne la reconnaît pas à l'Opéra, pourquoi elle s'imagine qu'il l'a reconnue, elle qui le connaît si bien, pourquoi il ne fait pas le lien lorsqu'il lit la lettre (et nous du coup on est un peu manipulés au début). Bref, pourquoi elle leur interdit de vivre leur amour, pour leur bonheur. Je ne suis pas idiot, je sais qu'elle se protège de ce qu'elle sait être un amour impossible avec cet homme volage, mais il semble vraiment épris d'elle. Elle préfère disparaître avant qu'il ne la dédaigne comme toutes les autres. Il y a aussi le sentiment final qu'il peut très bien arranger les choses mais qu'il n'y pense même pas. Bon, c'est l'intérêt de la chose, mais sans aller vers le happy end et l'histoire sans ombrages je pense qu'il était possible de dire plus. J'ai un peu de mal avec ces impossibilités forcées. 
Donc sur le plan du script je trouve quelques défauts. Mais un beau film néanmoins

12/20