Séance 3

Un film que j'ai pris beaucoup de plaisir à revoir, d'autant que j'en avais un souvenir très flou, et je n'ai pas vu du tout le même film. Hormis le début et le final, j'avais totalement zappé l'ensemble, il me semblait qu'il y avait plus d'histoire entre le jeune étudiant et la petite serveuse que le fanfaron tente de séduire. Bon bref.
J'ai jonglé entre le VO et la VF parce que je voulais écouter Gassman et les italiens, mais il me semble que c'est post-produit là aussi, et Trintignant, qui lui joue en français. Bizarre d'ailleurs d'engager un acteur français qui ne parle pas italien, mais soit. Déjà, j'aime beaucoup les road-movie, ça permet de voyager, de multiplier les décors, les séquences, les ambiances, les rencontres, comme dans la vie quoi. Et là, niveau vie, ou vitalité, on est servi.
C'est la rencontre et la virée inattendue entre un personnage totalement euphorique et extravagant et un jeune homme sérieux et coincé, et on les suit donc pendant quelques jours dans leur périple improvisé. La vraie vie. Au début le jeune homme est réticent, il est en train de réviser, et l'homme à la voiture le force à le suivre et l'entraine dans son sillage, plein de fougue, d'emportement, de débordements, de délires, de détours. Le fanfaron est un bon vivant qui vit sans entraves, un jouisseur, dragueur, fumeur, fumiste, qui repousse les limites, voire celles des autres, qui ne vit que dans l'instant, à cent à l'heure, dans la vitesse, l'excitation, l'oubli de soi et de ses problèmes (« le truc à la mode là, l'aliénation, comme dans les films d'Antonioni »), un pur italien, macho, sexiste, raciste, virile, le verbe haut, limite bi-polaire, mais attachant.
Le jeune homme va apprendre à vivre un peu plus dans son ombre, toujours coincé (avec la métaphore lorsqu'il est coincé dans les toilettes et n'ose pas appeler de l'aide), timide, à cogiter (les voix off qui montrent ses pensées, ses doutes, et surtout à quel point il n'ose pas s'affirmer, il dit le contraire de ce qu'il pense), malade avec la fumée du cigare, etc.
Après quelques jours au contact du fanfaron il comprend enfin qu'il s'empêche de vivre et qu'il faut profiter, se lancer (« laisse-toi faire »), oser les choses avant qu'elles ne nous échappent, et il va jusqu'à téléphoner à la femme qui habite en face de chez lui et qui lui plaît et c'est en allant la rejoindre qu'intervient la scène finale. Etrange, encore une fois mon souvenir était faussé, je croyais que c'était le fanfaron qui mourait. J'avais zappé aussi tout l'épisode avec sa femme et sa fille, pourtant central et le plus intéressant, et donc j'ai bien mieux apprécié que mon souvenir ne me le laissait présager. Ca fait donc beaucoup de bien de revoir certains films.
La réalisation est quelconque (bords de panneaux anti-soleil sur la caméra en haut à gauche de l'objectif lors des premiers plans dans la ville déserte), mais Gassman est excellent, la petite Catherine Spaak toujours aussi mignonne, les autres femmes italiennes ne sont pas en reste, l'ensemble respire une certaine vérité, même si certaines scènes sont un peu bâclées (celle avec la femme rencontrée sur le quai de la gare était prometteuse mais gâchée, pareil à la fin il semblait y avoir quelque chose à faire entre Spaak et Trintignant, en vivant un petit début de quelque chose avec elle il aurait pris confiance en lui et j'aurais encore plus compris sa décision d'appeler sa Valeria), les villes et villages traversés donnent envie, j'adore l'Italie et j'aimerais bien y faire un trip de ce genre, mais plus calme et plus en amoureux je pense. Toujours est-il que c'est un bon film qui reflète bien un certain cinéma italien et la société qui se décoince à l'aube des années 60.

12/20