Le duel bat son plein. Qui d'Eva ou de Hervé sera le plus ridicule lors de cette campagne électorale ? Alors qu'Eva se sort brillamment du délicat embrouillamini qui anime son parti et leur parti grand frère le PS, Hervé vient de prendre une avance non négligeable avec sa déclaration de candidature.

«Tout dire pour tout guérir» Formule d'Emile Zola faite sienne par Hervé Morin, dimanche dernier à Berville-sur-Mer. Car c'est au pied du pont de Normandie que le président du Nouveau Centre a déclaré sa flamme à la nation et annoncé dans le même mouvement son inscription aux phases finales du championnat de France de la politique. Oui, Hervé Morin va tout dire, car il a l'ambition de tout guérir. Il suffirait qu'on l'élise président de la République. «Oui, la vérité nous vous la devons, même si elle est difficile à entendre», a lancé le successeur de Zola, de Hugo, de Voltaire. Et la vérité, les gars, c'est qu'on n'a plus un rond, que le pays n'est plus gouverné et que le pont de Normandie ne va pas tarder à s'écrouler si on continue comme ça.

Les journalistes étaient un peu chagrinés d'être venus au fin fond de la Normandie, à pas d'heure, un dimanche gris et froid, pour entendre des trucs pareils. Cependant, ils ont eu par la même occasion la chance de découvrir -dixit le guérisseur- «le bocage de la terre normande, les courbes élancées du pont de Normandie, les fières cheminées des usines du Havre, et cette magnifique lumière de l'estuaire de la Seine». Les confrères ont immédiatement bombardé les rédactions parisiennes de telex: «Morin candidat à la fonction suprême. Langage de vérité sera tenu. Lumière formidable baigne estuaire Seine.» Puis ils ont sauté dans des diligences pour regagner la capitale, criant la nouvelle dans chaque bourg traversé : «Il va tout dire, il va tout guérir!»

A Paris le choc a été violent. Dès leur retour, les envoyés spéciaux ont été soumis à la question. Comment? Où? Pourquoi? Morin? Hervé Morin? Oui, ont-ils répondu, ce type a vraiment dit : «Ma candidature sera une candidature de vérité, une candidature de modernité, de progrès et une candidature d'égalité.» Et de guérison? ont insisté les rédacteurs en chef. Non, enfin peut-être que si, «une candidature de guérison», c'est possible, on ne sait plus. Sait-on jamais ce genre de choses? Il y avait tellement de bruit, les gens hurlaient, s'agitaient en tous sens. C'était une euphorie incroyable. Et pendant ce temps Hervé Morin continuait à clamer: «Rien de solide ne pourra se construire sur le mensonge et la dissimulation», et les gens le portaient en triomphe.

Mais soudain Hervé Morin a levé les mains pour réclamer le silence. Puis il a lancé d'une voix forte et assurée: «En politique ceux qui vous élisent, ceux qui vous choisissent pour les représenter, ce ne sont pas les puissants, ce ne sont pas les grands médias, ce ne sont pas les instituts de sondage, non le seul qui décide, c'est le peuple, c'est vous. Oui, un homme, une voix. C'est cela la démocratie.» Alors là, les gens sont devenus comme fous, ils se sont mis à danser, à pleurer. Certains sont tombés dans la Seine, on ne les a jamais revus. Les autres sont partis en chantant: «Vois le Samaritain, plein d'amour et de zèle/ Au mont des Oliviers les olives pressant/ Pour faire l'huile sainte dont il va guérissant/ Du pauvre homme navré mainte plaie mortelle.»

Edouard Launet, in libération.fr