Tiens au fait, en cette année 2011, nous fêterons le 1100ème anniversaire de la Normandie.

Rouen___affiche____1911_Millenaire_de_la_Normandie__2_

20 juillet 911 :  Bataille de Chartres. Les Vikings remontent l'Eure, assiègent Chartres et sont repoussés par l'évêque Gouteaume et une coalition formée de Robert, duc des Francs, frère du roi Eudes, Richard, duc de Bourgogne et Ebles Manzer, comte de Poitiers . Les Francs font subir une terrible défaite devant Chartres aux envahisseurs danois, conduits par Rollon, qui laissent sur le champ de bataille plus de 6 000 morts

Automne 911 :  Le pays de Caux et Rouen sont cédés à Rollon au traité de Saint-Clair-sur-Epte (Duché de Rouen, à l'est de l'Epte) par le roi de France Charles III. Charles le Simple crée ainsi un État tampon entre son royaume et la Bretagne. Les raids dévastateurs décroissent sur le continent. Les Vikings concentrent leurs efforts en Grande-Bretagne et en Irlande.
L’État normand que fonde Rollon accepte le christianisme. L’archevêque de Rouen peut réintégrer sa cathédrale, les moines de Saint-Ouen reprennent possession de leur couvent. La résistance au christianisme reste forte dans l’extrême ouest du duché, zone où le peuplement scandinave est le plus dense.Rollon est présenté comme un Danois par les premiers historiographes de la Normandie, comme Dudon de Saint-Quentin. Snorri Sturluson voit en Rollon un Norvégien, fils de Rögnvaldr, le jarl de Möre, et l’identifie à Ganga-Hrófr, personnage presque légendaire banni pour avoir commis quelques méfaits en Norvège au retour d’un raid dans les pays de l’Est. Il aurait pris la mer vers les Hébrides avant de se rendre en France pour conquérir la Normandie.

Les Northmanni

La population scandinave qui s’implante dans le duché est majoritairement originaire du Danemark, mais une minorité non négligeable est originaire de la Norvège, que ce soit du royaume ou des possessions norvégiennes (d’Irlande notamment) : ces Norvégiens se fixent principalement dans le nord de la péninsule du Cotentin. D'autres, établis entre Bayeux et l’Orne, auraient résidé assez longtemps dans le nord-est de l’Angleterre, comme l’atteste leur vocabulaire en matière d’agriculture. D’autres encore viennent d’Écosse ou d’Irlande et sont sans doute des Norvégiens ou des guerriers ayant opéré sous commandement norvégien. Quelques bandes varègues venues de Suède s’installent également en Normandie. Ces guerriers vikings viennent dans la plus grande majorité des cas seuls, prenant de gré ou de force des femmes du pays pour épouses et/ou concubines, ce qui accélère leur assimilation. Certains Vikings, principalement des Norvégiens d’Irlande viennent avec de nombreuses femmes et esclaves celtes.

La colonisation viking en Normandie, tout comme la formation du duché normand, s’étale en fait sur plus d’un siècle car, dans les années 1020, des bandes vikings viennent encore s’installer dans le duché sous le règne du duc Richard l’Irascible. Le duché de Normandie se constitue surtout sous les successeurs de Rollon, du duc Guillaume Longue-Épée et c’est seulement au siècle suivant, sous le règne du duc Guillaume le Bâtard, que le pouvoir ducal est totalement affirmé (à partir de 1060 environ), 150 ans après le traité de Saint-Clair-sur-Epte. L’adoption de la langue d’oïl autochtone par la classe régnante parlant le vieux norrois a introduit dans la langue normande un bon nombre de termes, notamment son lexique nautique, passé dans sa quasi-totalité dans la langue française.

La survivance d’éléments scandinaves s’est également manifestée sur le plan juridique dans les « coutumes ducales ». Ainsi le hamfara s’est perpétué dans la répression des assauts armés contre les domiciles. Le ullac a survécu avec la mise hors-la-loi se traduisant par le droit d’exil. D’ailleurs, nombre de Vikings à avoir essaimé hors de leur sol natal le firent parce qu’ils en avaient été exilés. La stricte punition du vol, illustrée par l’histoire du chêne auquel Rollon a suspendu un anneau d’or que personne ne songeait à voler, trouve également sa source dans le folklore danois. Le droit de la guerre et des épaves (veriscum) porte également la marque de la législation scandinave et les historiens pensent que Guillaume le Conquérant y eut recours pour mobiliser la flotte qui lui permit d’envahir et de conquérir l’Angleterre. Mais la persistance la plus marquée de l’usage scandinave dans les mœurs des Normands est sans conteste le mariage more danico, « à la danoise », légalisant la bigamie. Les enfants nés d’une frilla, la seconde épouse, étaient considérés par eux comme légitimes. Ainsi, Guillaume ne fut « Bâtard » qu’aux yeux de l’Église et ceci n’empêcha pas son père de le désigner comme son successeur. Ce n’est qu’au bout de sept générations, précisément avec Guillaume le Conquérant, que les ducs de Normandie paraissent devenir monogames.

Dès le début du XIe siècle déjà, des Normands partiront s’illustrer et chercher fortune par petits groupes en Espagne, combattant les Maures aux côtés des rois chrétiens du Nord comme vers 1034 ou en 1064 à la bataille de Barbastro, mais surtout en Méditerranée, en Italie du Sud et en Sicile, jusqu’à Byzance et en Asie mineure, et enfin, en « Terre Sainte » à l’époque des croisades.