Un charme fou


Moins mythique que d’autres stars de l’âge d’or d’Hollywood, Myrna Loy fut pourtant l’actrice la plus populaire du milieu du XX siècle. Avec son charme irrésistible fondé autant sur sa plastique que sur son caractère bien trempé elle a fait tourner autant de tête dans le registre dramatique que dans les savoureuses comédies qui lui valurent la consécration.

Au début des années 1900, un propriétaire de ranch, maire d’une bourgade du Montana, tombe amoureux de la petite gare ferroviaire de Myrna et donne ce prénom à sa fille. Telle est l’origine du curieux prénom d’une star toute aussi hors du commun. Née Myrna Williams en 1905, elle est élevée dans l’amour des arts par une mère pianiste qui rêve de vivre à Los Angeles. Pour être agréable à sa femme, Williams accepte d’y tenter sa chance dans l’immobilier et réussit un coup de maître en achetant un terrain qu’il revendra ensuite à prix d’or à un certain Charlie Chaplin qui veut y construire un studio. Mais l’heure n’est pas encore venue pour Myrna de faire son entrée dans le cinéma. Poussée par sa mère à étudier la danse depuis son plus jeune âge, elle se fait embaucher dans quelques spectacles à la fin de l’adolescence. Mais c’est une photo qui change son destin quand Rudolph Valentino tombe en arrêt devant son portrait. Pressentie pour plusieurs projets, elle n’en voit aboutir aucun, mais c’est encore une photo qui force son destin quand un agent de la Warner Bros la découvre dans un magazine.

Prise sous contrat, elle décroche des petits rôles dans des films muets au milieu des années 20, jouant notamment une domestique dans Les Surprises de la TSF, une œuvre d’Ernst Lubitsch inédite en France. Outre les emplois de soubrette, elle se fait aussi une spécialité des personnages de vamp exotique grâce à son visage typé et sa plastique très avantageuse. Survivant magistralement à la petite révolution du cinéma parlant, elle incarne notamment une aristocrate dans Mes petits, de l’excellent Clarence Brown puis affronte Joan Crawford dans le triangle amoureux de Duels de femmes avant de défier les bonnes mœurs dans New Morals For Old et L’Arabe. De quoi attirer l’attention du grand réalisateur W.S. Van Dyke, spécialiste des thrillers noirs qui l’engage successivement dans Penthouse, Un cœur, deux poings et L’Ennemi public n°1, son grand classique. Cataloguée comme femme fatale, Myrna Loy le sera particulièrement au gangster John Dillinger, connu pour être l’un de ses grands fans et qui sera abattu à la sortie du cinéma où il est venu l’admirer dans L’Ennemi public n°1 ! De quoi donner à l’actrice une aura encore plus dramatique, d’où le veto du studio lorsque W.S. Van Dyke envisage de la faire tourner dans une comédie policière intitulée L’Introuvable. Pour tester l’humour de Myrna, le cinéaste s’est amusé à la pousser dans une piscine lors d’une réception. Séduit par sa réaction, il veut lui confier le rôle de Nora Charles, piquante épouse d’un détective, mais pour convaincre le studio il lui faudra batailler. Le triomphe de L’Introuvable lui donnera raison, imposant non seulement Myrna Loy comme actrice comique, mais faisant d’elle la star la plus populaire des Etats-Unis. Avec William Powell à qui elle donnait déjà la réplique dans L’Ennemi public n°1, elle forme un couple de cinéma qui deviendra mythique. Avec Clark Gable, également son partenaire dans L’Ennemi public n°1, l’alchimie fonctionne aussi comme en témoigne Les Hommes en blanc, charmante romance médicale, mais elle est encore plus magique avec William Powell, tant dans un thriller judiciaire comme Le Témoin imprévu que dans Le Grand Ziegfeld, somptueuse comédie musicale de Robert Z. Leonard récompensée par un Oscar.   

Élue « Queen of the Movies » en 1936, Myrna Loy est au sommet de sa popularité, partageant l’affiche avec les plus grands, comme Robert Montgomery dans Une femme tombée du ciel ou Spencer Tracy et Jean Harlow pour Une fine mouche, charmante comédie romantique située dans le monde de la presse. Et le retour de Nora Charles, son personnage de L’Introuvable, dans une suite intitulée Nick, gentleman détective la propulse encore plus haut. Son couple avec William Powell est devenu si populaire qu’ils enchaînent ensuite avec Mariage double, hilarante comédie signée Richard Thorpe, tout comme Man-Proof, romance inédite en France dans laquelle elle donne la réplique à Walter Pidgeon. Pour Pilote d’essai, de Victor Fleming, c’est une nouvelle fois Clark Gable qu’elle retrouve. Elle y incarne l’épouse d’un pilote alcoolique avant de jouer les aventurières dans Un envoyé très spécial, toujours aux côtés de Clark Gable. Puis son personnage de Nora Charles revient dans un troisième épisode intitulé Nick joue et gagne, toujours sous la direction de W.S. Van Dyke et toujours avec William Powell, tout comme Monsieur Wilson perd la tête, amusante comédie romantique autour du thème de l’amnésie. Pourquoi changer une formule qui gagne ? Voilà pourquoi on retrouve le couple dans Folie douce, encore une comédie romantique…

À l’aube des années 40, Myrna Loy est officiellement l’actrice la plus bankable des Etats-Unis. Plus que jamais les hommes en sont fous et les femmes rêvent de lui ressembler, à tel point que son profil devient un must pour les opérations de chirurgie esthétique ! Et comme le public ne se lasse pas non plus de Nora Charles, on la retrouve dans L’Ombre de l’Introuvable, de W.S. Van Dyke. En pleine gloire, elle renonce alors temporairement à son métier pour s’engager dans la Croix Rouge en pleine Seconde Guerre Mondiale. Et comme elle n’a pas sa langue dans sa poche, elle n’hésite pas à dire publiquement tout le mal qu’elle pense d’Hitler, ce qui lui vaudra  de figurer sur la liste noire du Führer !

À la fin de la Guerre, l’actrice retrouve les plateaux pour L’Introuvable rentre chez lui, sous la direction de Richard Thorpe, avant-dernier épisode de la série qui se clôturera en 1947 avec Meurtre en musique. Dès lors, commence un déclin qu’elle compense en s’engageant en politique pour le Parti Démocrate ainsi que dans un combat contre le racisme. Dans les années 50, lors de la chasse aux sorcières, elle milite aussi activement contre le sénateur McCarthy avant de s’engager au sein de l’UNESCO où officie son quatrième mari. Mais elle continue régulièrement de tourner, même si son étoile pâlit, ce qu’elle fera encore pendant longtemps jusqu’à l’âge de 75 ans. En 1991, l’Académie des Oscars qui ne l’avait jamais nominée, répare son erreur en lui octroyant un Oscar d’Honneur. Il était temps, car deux ans plus tard elle meurt à 88 ans de complications post-opératoires.

"En épouse parfaite que je suis", disait-elle en faisant allusion à son rôle-type "je me suis mariée quatre fois, ai divorcé quatre fois, n'ai pas d'enfants et je suis incapable de cuire un œuf."

Mais quelle femme...