La campagne des Régionales se centre sur le duel PS/UMP. Mais une autre voie est possible. Christophe Grudler, tête de liste MoDem en Franche-Comté, prône une alliance MoDem-Europe Ecologie au second tour pour peser dans les Conseils régionaux en cas de victoire socialiste.

Le Parti socialiste connaît depuis son échec de 2002 à la présidentielle une évolution paradoxale. A mesure qu’il s’enfonce dans les difficultés au plan national, il conforte ses positions au plan local et particulièrement dans les régions. Aujourd’hui, il est toujours incapable de jouer sérieusement son rôle d’opposant, toujours dépourvu de projet alternatif, toujours paralysé par ses haines intestines, toujours sans leader crédible pour la présidentielle de 2012. Néanmoins, tous les sondages le donne large vainqueur pour les élections de mars prochain. Non seulement le grand chelem est à sa portée, mais il risque même de le réaliser seul et sans alliés !

Les petites formations pénalisées
Le PS devra t-il cette incroyable performance au bilan de ses présidents sortants ? Il faudrait être terriblement naïf ou bien sacrément partisan pour le croire. Un sondage LH2 paru en décembre témoignait de la profonde méconnaissance que les citoyens ont de l’institution régionale. Seuls 29% connaissaient l’identité du président sortant et 25% annonçaient voter en fonction du bilan de la majorité en place ! Il faut être lucide : Malgré les efforts que certains candidats (dont je fais partie) font pour concentrer leur campagne sur des enjeux régionaux, l’élection de 2010 se jouera, comme celle de 2004, sur une vague nationale fondée sur l’impopularité du gouvernement et un désir d’alternative. Lors des élections locales, où la participation est plus faible et les enjeux moins clairs, le scrutin sur-représente les électorats les plus fidélisés, ce qui pénalise les formations plus petites, plus jeunes et portant un discours plus incisif. La démobilisation de l’électorat mobile, principalement des catégories populaires et des jeunes, confère une véritable rente de situation aux grandes formations et en particulier à celle qui incarne l’opposition. Voilà ce qui explique qu’à chaque élection locale, le PS l’emporte facilement, sans même avoir besoin de faire campagne ou de se doter d’un projet !

Le PS s’est endormi sur ses lauriers
Un tel degré de déconnexion entre ce qui fait concrètement l’élection et ce pourquoi nous élisons théoriquement des élus, est terriblement préjudiciable à la démocratie. Toutes les dérives deviennent possibles lorsqu’un groupe social en arrive à se sentir propriétaire du pouvoir et des institutions : clientélisme, conservatisme, paresse intellectuelle, mais aussi – et c’est plus grave –  pouvoir personnel confinant à un retour insidieux du féodalisme sur nos territoires. L’extraordinaire rente de situation dont bénéficie le PS n’est d’ailleurs une bonne nouvelle, ni pour lui-même, ni pour son électorat. Plus il renforcera son caractère de formation de notables locaux spécialisé dans la gestion pragmatique des dégâts du néolibéralisme, moins il sera en mesure de penser les problèmes du monde et un projet alternatif pour la France ! Après son triomphe de 2004, le PS s’est endormi sur ses lauriers, sûr que la mécanique de l’alternance suffira à le ramener au pouvoir. Pourquoi en serait-il autrement entre 2010 et 2012 ? Puisqu’il gagne sans forcer toutes les élections locales (qui sont de loin les plus importantes pour l’appareil socialiste) pourquoi accomplirait-il sa rénovation ? Ses victoires assurées ne l’incite ni à remettre en cause ses vieux dogmes, ni à penser un projet de société pour la France dans la mondialisation et face aux multiples défis du XXème siècle.

Un PS fossilisé dans ses certitudes
Si le scénario de 2004 se reproduit, le PS risque fort de présenter à nouveau en 2012 un candidat ou une candidate juste bon à se faire étriller au second tour de la présidentielle. Or, l’électorat PS, comme celui du MoDem, d’Europe Ecologie, de la gauche radicale ou des vrais gaullistes, espère avoir la possibilité en 2012 de pouvoir voter pour un candidat solide, portant un projet sérieux, s’inscrivant dans une logique de large rassemblement et réellement capable d’empêcher Sarkozy d’être réélu pour un second mandat, qui s’annonce comme celui de la grande purge néolibérale et du démantèlement du modèle social français ! La possibilité d’une alternance exige un parti socialiste rénové et imaginatif capable de travailler dans un esprit d’ouverture et de dialogue républicain avec les autres composantes de la future majorité. C’est tout l’inverse qui se préparera si les présidences socialistes sont reconduites en mars prochain dans un fauteuil. Nous aurons alors un PS fossilisé dans ses certitudes, arrogant, sûr de son droit à hégémonie sur toutes les oppositions, et souhaitant consciemment ou inconsciemment conserver son statut d’opposant pour conserver ses fiefs dans les régions et les territoires !

Provoquer des triangulaires
Afin d’éviter cette sombre perspective, il existe une solution simple que je souhaite ici mettre en débat. Si au soir du premier tour, les listes socialistes devancent les listes UMP, l’élection sera jouée, le PS disposant de multiples possibilités d’alliance quand l’UMP sera dépourvue de toute réserve de voix. Dans ces conditions, il sera vain pour les autres listes de fusionner, si ce n’est pour occuper quelques strapontins sans aucun espoir d’avoir la moindre influence sur les futures politiques régionales.
Je formule donc la proposition suivante : Que les listes du Mouvement Démocrate et de Europe écologie s’érigent en alternative démocratique, sociale et écologiste pour le second tour sur la base d’une plate forme programmatique exclusivement régionale. Selon le contexte local, cette alliance pourrait d’ailleurs être élargie à d’autres listes républicaines ou écologistes. En obligeant ainsi le PS et l’UMP à une improbable triangulaire, nous proposerons une offre aux citoyens qui désirent sanctionner le gouvernement sans pour autant signer un chèque en blanc aux socialistes. Nous remettrons du débat et de l’incertitude dans le second tour. Nous empêcherons le PS de s’endormir sur ses lauriers. Nous recentrerons la campagne sur les enjeux régionaux. Nous garantirons un fonctionnement démocratique et collégial au sein des futures assemblées régionales, en évitant un face à face stérile et réducteur entre les « deux grands ». Et ainsi, nous créerons les conditions d’une alternance en 2012 !
En cas de victoire socialiste, la nouvelle majorité sera accompagnée d’alliés potentiels, capables de s’exprimer en toute indépendance, pour pratiquer selon leur sensibilité et les dossiers, le soutien critique ou l’opposition constructive. Mais une victoire de cette coalition démocrate sociale et écologiste exprimera un renouveau dans les régions sur la base de quatre priorités qui devraient faire consensus :
    * Une gouvernance équilibrée garantissant le pluralisme et la participation des acteurs
    * Un engagement fort à relever le défi de la mutation écologique dans les territoires,
    * Une politique économique offensive pour relever le défi du retour du chômage de masse.
    * L’affirmation de l’institution régionale dans le cadre d’une décentralisation à rationaliser

Parlement de l'alternance
Au cours de l’été, François Bayrou a proposé aux diverses forces progressistes l’organisation d’un parlement de l’alternance pour préparer l’échéance de 2012. L’existence d’un tel lieu de dialogue et de confrontation reste indispensable à toute hypothèse de victoire contre la régression et de démantèlement républicain qui s’annoncent. Les futures assemblées régionales peuvent et doivent être initier ce dialogue républicain. Tel sera l’enjeu de l’entre deux tours : Soit les formations qui ont voulu ces dernières années renouveler l’offre politique se laissent marginaliser, laissant le Parti socialiste en situation hégémonique, ce qui annoncera un appauvrissement considérable du débat jusqu’aux prochaines échéances. Soit elles s’organisent pour unir leurs forces et exister ensemble à côté du PS, ce qui créera les conditions d’un débat permanent et fructueux, entre elles et avec le PS, dans les régions et au plan national. Ce rassemblement destiné à imaginer collégialement de nouvelles politiques pour répondre aux enjeux régionaux préfigurera une dynamique créative pour préparer une alternative républicaine en 2012 !