Les européennes ont rendu leur verdict. Les commentateurs aussi: les électeurs ont privilégié les partis qui ont mené une campagne européenne. A savoir l'UMP et Europe-écologie. Un peu court. Le premier n'a jamais eu d'autre ambition que d'installer une gouvernance européenne. Le second a élaboré un programme décousu qui relève de la quadrature du cercle.

Hier matin, éditorialistes et décrypteurs de tous poils avaient trouvé la clé du scrutin européen. Comment expliquer la victoire de l’UMP, la progression des écolos, le plongeon du PS et l’effondrement du Modem ? Ce serait la victoire des partis qui ont abordé frontalement la question européenne. Autant dire que les européennes seraient une victoire de l’Europe. Dans le détail, La droite n’a jamais plaidé pour autre chose que pour une Europe des ajustements, une gouvernance européenne sans ambition, teintée d’un minimum d’idéal européen histoire de donner le change. C’est bien là toute la subtilité de l’approche européenne d’un Nicolas Sarkozy et qui explique aussi les beaux discours mobilisateurs que les leaders du parti ressortent au moment des échéances électorales. A ce titre, Europe-écologie est un cas encore plus intéressant. « Le talent d’Europe-Ecologie est davantage d’avoir fait croire à une campagne européenne que d’en avoir réellement menée une » écrit justement Jean-Michel Aphatie, sur son blog.  Et pour cause, mener une campagne européenne aurait contraint Dany Cohn-Bendit de poser sur la table un projet politique élaboré en commun avec José Bové. L’un a milité pour le oui au référendum sur la constitution, l’autre s’est vivement engagé pour le non. Le philosophe Marcel Gauchet y voit  « le sommet de la contradiction de la nouvelle démocratie individualiste du privé. Il n’y a vraiment que sur le papier que le souci écologique et la radicalisation des droits personnels collent ensemble ! ». Menus détails diront certains, l’Europe a résisté à bien pire que ça. Si en plus, il y fallait une cohérence politique…Il n'en reste pas moins qu'en niant, en son sein, la réalité d'un conflit entre anti et pro-européens, au profit d'un consensus confortable, Europe-écologie prend le risque de considérablement affaiblir l'enjeu européen. Les périodes de forte mobilisations politiques ont été les plus conflictuelles et si elle entend s'imposer politiquement, l'Europe ne pourra en faire l'économie.

A contrario, Europe-écologie s’est efforcée, tout au long de sa campagne de proposer une « Europe des Bisounours ». Une Europe du minimum commun mais qui malgré de puissants efforts de mises en scène n’échappe pas aux contradictions. Pas évident, par exemple, pour des écolos d’établir une politique de la défense. Pas vendeur d’un point de vue électoral et difficile à mettre en images par un Yann Arthus Bertrand, même très inspiré. L’élément est pourtant un incontournable de tout projet politique et souvent source de conflits...  Europe-écologie milite pour la mise en place d’une force de défense européenne. Par nature – si j’ose dire -, toute mise en place d’une telle force de défense implique un objectif de puissance et un pouvoir hégémonique. Or Europe-écologie, estime également que l'Union européenne doit devenir une zone dénucléarisée. Mettre sur pied une force militaire européenne, soit la mise en commun du renseignement stratégique (pas demain la veille…), abandonner le principe de dissuasion nucléaire tout en s'émancipant de l’OTAN à un moment où il serait difficile de prétendre que la guerre a définitivement quitté l’horizon européen. Pour sûr qu'il fallait s'y mettre à plusieurs pour élaborer une doctrine de défense aussi fantaisiste. La mission aurait pu s'avérer impossible pour un parti soucieux de se confronter au principe de réalité. Mais impossible n’est pas euro-écologiste.

Régis Soubrouillard in Marianne2.fr