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Après trois années d'enquêtes méticuleuses, d'analyses aux rayons X et d'images infrarouges, les experts ont levé les derniers doutes : on a retrouvé le seul portrait de William Shakespeare peint de son vivant. Le tableau a été dévoilé lundi à Londres par le professeur Stanley Wells, président de la fondation Shakespeare Birthplace, l'association qui gère le musée à Stratford-on-Avon où le poète est né. L'œuvre a été peinte en 1610, six ans avant la mort du plus grand poète et dramaturge de la langue anglaise. Elle appartient depuis des siècles à la famille d'Alec Cobbe, un restaurateur d'œuvres d'art qui l'a reçu en héritage. Le tableau était apprécié au sein de sa famille, mais personne n'avait fait le rapprochement avec le barde de Stratford jusqu'à ce qu'Alec Cobbe tombe devant une autre représentation de l'écrivain lors d'une exposition temporaire à la National Portrait Gallery à Londres. Un tableau venant de la Folger Shakespeare Library de Washington, et qui avait longtemps été considéré comme une représentation du poète réalisée de son vivant, jusqu'à ce que des analyses faites il y a soixante-dix ans y décèlent des pigments du XIXe siècle.

Mais quand Alec Cobbe le vit, il trouva de nombreuses similarités avec celui qu'il avait reçu en héritage. Comprenant qu'il était propriétaire de l'original, et que celui de la National Portrait Gallery n'était qu'une copie, il prit contact avec le professeur Stanley Wells, de la fondation de la maison de naissance de Shakespeare. Ce dernier fut d'abord dubitatif, car les plus anciennes représentations connues du grand dramaturge, des tableaux et des bustes, ont toutes été réalisées peu de temps après sa mort en 1616. Il décida tout de même de mener des études sérieuses sur l'œuvre et fit appel à des experts internationaux pour vérifier son âge. Le professeur Rupert Featherstone de l'Université de Cambridge se pencha sur la composition des pigments, alors que des experts de l'Université de Hambourg firent une datation de la planche de chêne qui servit de support à la peinture. Et leurs conclusions furent positives, l'œuvre datait bien du vivant de Shakespeare. Autre élément favorable, le tableau avait été conservé par les Cobbe avec un autre portrait de la même époque, représentant le comte de Southampton, un des principaux mécènes de Shakespeare. Et le visage du beau jeune homme ressemble clairement à toutes les représentations qui sont aujourd'hui attribuées à l'auteur de Roméo et Juliette.

«Nous sommes certains à 90 % que c'est Shakespeare, explique Paul Edmondson, directeur de la fondation Shakespeare. On ne pourra jamais être absolument certain, car il y aura toujours des voix discordantes.» Cette dernière découverte ouvre la porte à de nouvelles polémiques, qui sont déjà très nombreuses sur l'identité de l'artiste qui a écrit les pièces aujourd'hui attribuées à Shakespeare. Selon le docteur Casson, historien qui s'appuie sur une étude des écrits de jeunesse de l'auteur, ce dernier aurait été un diplomate élizabethain du nom de Henry Neville. Alors, est-ce Neville qui apparaît sur ce tableau ? Est-ce Marlowe ou Francis Bacon, personnages à qui on a attribué l'oeuvre de ce mystérieux Shakespeare ? Toujours est-il que la probabilité de voir l'auteur d' Hamlet   dans ce tableau est assez grande, selon les meilleurs experts britanniques.