Si le 8 mars était resté la Journée internationale de la Lutte des femmes, journée politique de mobilisation, comment je descendrais dans la rue pour manifester ! Comment je me taperai Bastille-République en petite foulée, pour crier ma solidarité avec les damnées de la terre, mes soeurs ! Ca aurait de la gueule, du panache, comme toutes les luttes et les belles utopies.
Mais non. Le libéralisme est passé par là avec ses gros sabots mercantiles et sa redoutable force de frappe médiatique. Le 8 mars est devenu la Journée de LA femme, dépolitisée, sponsorisée par tous les pièges à connes possibles et imaginables. Ailleurs, on rase gratis. Ici, on pomponne pour pas un rond. J'entends sur une radio FM pour ados télécommandés qu'une séance maquillage sera offerte aux spectatrices d'un concert... Ici, une réduction sur les strings, là un échantillon de parfum, et puis quoi encore, une promo sur les serpillières, une offre spéciale table à repasser ? Les marchands de soupe veillent au grain.
Allez les filles, allez claquer le pognon que vous n'avez pas, jetez par la fenêtre vos salaires à la traîne, pour être encore un peu plus désirables, un peu plus baisables ! Un peu plus méprisées.
Pendant ce temps, le législateur grignote allègrement les vieux acquis. La régression avance masquée, les droits reculent, personne n'en sait rien, les médias regardent ailleurs.
rappelez-vous le vieux proverbe chinois : si on t'offre une fleur un jour et qu'on t'enfile tout le reste de l'année, c'est que tu t'es encore fait avoir.

Isabelle Alonso in Siné-Hebdo