En ce début d’après midi, la XVIIè chambre du Tribunal Correctionnel de Paris est pleine. Et les bancs des journalistes, à cause du souvenir des polémiques qu’avait suscitées l’affaire Siné cet été, à craquer. Siné, Catherine – sa compagne et maîtresse des rênes de leur journal – plus une belle brochette de l’équipe de Siné Hebdo sont au rendez-vous. Claude Askolovitch siège sur le banc des accusés, devant ses deux avocats, Patrick Klugman et Jean-Pierre Mignard. Le journaliste du JDD et d’Europe 1 va devoir répondre des propos qu’il a tenus à l’égard de Siné, début juillet.

 

Claude « m’a tuer »

Le 8 juillet 2008, à l’émission de Nicolas Poincaré sur RTL, Claude Askolovitch, alors journaliste au Nouvel Obs, s’insurge. Réagissant à une chronique de Siné publiée dans sa rubrique « Siné sème sa zone » sur Charlie Hebdo six jours plus tôt, il taxe l’article d’« antisémite, dans un journal qui ne l’est pas ». Car, explique Askolovitch, « Siné sous-entend que pour faire du chemin dans la vie, vaut mieux être juif. Et il y en a d’autres du même ordre dans la chronique ». Il indique ensuite que Philippe Val, le patron de Charlie, s’apprête à rédiger son édito, dans lequel il compte dire que Siné est une « ordure », qu’« il a dérapé totalement et qu’il devrait partir ». C’est sur ces trois points que le dessinateur attaque le journaliste, pour diffamation. Avant d’entamer les débats de fonds, les avocats de Siné, maîtres Thierry Lévy et Dominique Tricaud, demandent qu’un élément soit supprimé du dossier, la vieille et unique condamnation du dessinateur pour « incitation à la haine raciale », qui date de 1985. La demande essuie un froid refus. Mais après tout, quelle importance. Ce n’est pas le sens de l’article de Siné que le tribunal doit juger aujourd’hui, mais une intervention de Claude Askolovitch sur RTL. La chronique polémique devrait être examinée de plus près dans un autre procès, qui l’oppose à la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA), mardi 27 janvier, à Lyon. Siné, de tous les combats pour les libertés, depuis la 2nde guerre mondiale et la guerre d’Algérie, est indigné par les accusations dont il fait l’objet. Et aurait préféré régler le préjudice par des moyens plus directs. C’est du moins ce qu’il lâche à la cour en arrivant à la barre : « Si Askolovitch avait été en direct, ce n’est pas un procès que je lui aurais fait. Je lui aurais mis un coup de boule ». Et il ajoute : « J’attaque quelqu’un qui s’est conduit comme un grossier personnage, et que j’ai envie de tuer ». La salle est pliée en quatre, mais Siné se reprend : « Dire j’ai envie de tuer, c’est peut-être un peu beaucoup, mais j’ai envie de faire du mal. » Avant d’expliquer que, depuis le début de l’affaire, il reçoit régulièrement des menaces de mort, et est parfois comparé à des gens d’extrême droite, comme Jean-Marie Lepen ou le négationniste Robert Faurisson. Des gens qu’il « hait ».

 

« Une banalisation de l’antisémitisme »

Pour sa défense, Claude Askolovitch rappelle qu’il n’a jamais traité Siné d’antisémite, et plaide avant tout la liberté d’expression. « Je pense que Siné est complètement libre de tenir des propos antisémites, et que je suis complètement libre de le dire ».
Il est soutenu par deux témoins. Le sociologue Michel Wieviorka qui, s’appuyant sur des textes antisémites d’ancêtres de gauche comme Jean Jaurès et Marx, et anars comme Proudhon, tente de démontrer qu’il existe un antisémitisme de gauche, auquel Siné ne serait pas étranger. Second témoin, Dominique Sopo, le président de SOS racisme. Peu convaincant, Siné étant l’un des parrains de l’association. Pour maître Thierry Lévy, les propos d’Askolovitch s’inscrivent dans la banalisation de l’antisémitisme. Si la chronique de Siné est antisémite, alors Siné est antisémite, les personnes qui le soutiennent, comme Christophe Alévêque, Guy Bedos, Frédéric Bonnaud, Rony Brauman, Cavanna, Daniel Mermet, Edgar Morin, Georges Moustaki, Michel Onfray, Michel Warschawski, etc. sont antisémites, ses lecteurs sont antisémites… Une banalisation grave, qui
« empêche de lutter efficacement contre le vrai antisémitisme », explique l’avocat, qui poursuit : « Monsieur Askolovitch, vous êtes un voleur de mémoire. En traitant Siné d’antisémite, c’est une insulte terrible que vous portez aux victimes de la Shoah ». Et Val dans tout cela ? Appelé comme témoin par Siné, il ne s’est pas présenté. La procureure, quant à elle, n’a pas vu de diffamation dans les propos du journaliste Claude Askolovitch, prononcés dans une émission de type « coup de gueule » et qui plus est en direct. Estimant que l’affaire relève du jugement de valeur et du débat d’idées, elle a requis la relaxe, expliquant que « la liberté d’expression doit rester notre principe, la liberté d’expression sans limites, pour reprendre l’expression de Siné ».

Anaëlle Verzeaux in Backchich.info

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Pour que chacun puisse juger par lui-même, je mets l'article en question :

« Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l’UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n’est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! »