moscovici

Rien, décidément, ne nous aura été épargné dans ce Congrès structuré comme une tragédie grecque. Ce n'est pas pour moi faute d'avoir averti : il ne fallait pas confondre 2008 et 2011, la remise au travail du parti et la course présidentielle, il eût été nécessaire de procéder à un vaste rassemblement réformiste, et de confier le parti à une équipe à la fois jeune et expérimentée, dévouée à la rénovation de notre parti et non à son propre sort. J'ai tenté, longtemps, d'imposer cette formule, qui était la bonne, et que les militants, confusément, attendaient. Hélas, je n'ai pas été entendu, et la mécanique d'une catastrophe annoncée s'est mise en place.Nous avons vu les « présidentiables » entrer, les uns après les autres, suivant Ségolène Royal, dans la course. Puis des contributions assez indistinctes ont débouché sur des motions à la fois ressemblantes et antagoniques, animées par des rassemblements plus ou moins hétéroclites – la motion A étant, à mon sens, la plus cohérente. Au terme d'un débat tendu, le vote des militants s'est logiquement dispersé, et le Congrès n'a pas réussi, faute de volonté partagée, à dégager une solution viable. Tout devait donc être tranché lors du vote des 20 et 21 novembre sur le choix du Premier secrétaire. Oui, mais c'était théorique, car ce vote lui-même, conçu par Lionel Jospin en 1995 pour valider un leadership incontestable, recélait en lui un potentiel de division majeur, et même ce qu'hier j'ai appelé ici « le pire », un vote suffisamment étroit pour provoquer des contestations. Eh bien nous y sommes ! Les résultats en ma possession, en la vôtre aussi, sont terribles : 50,02 % pour Martine Aubry, avec 42 voix d'avance sur Ségolène Royal qui en recueille 49,98 %, des réclamations multiples, les résultats des « grosses fédérations » et des DOM qui arrivent tard et paraissent amplifiés, des accusations croisées de « triche », des équipes tendues qui, pour l'une revendiquent une victoire discutable et pour l'autre refusent les leçons d'un scrutin illisible. Bref, le PS ce matin ressemble un peu à la Floride en 2000, où George Bush l'avait emporté sans clarté face à Al Gore, mais sans qu'existe une Cour suprême pour arbitrer le différend ni un esprit patriotique suffisant pour le surmonter. Le PS n'est plus uniquement fragmenté, il n'est pas seulement divisé, il est écartelé. Pendant ce temps là, Nicolas Sarkozy savoure la décomposition de son opposition, François Bayrou jubile, les militants dépriment, le « peuple de gauche » se gausse, se désespère ou s'exaspère. C'est un cauchemar. Il faut en sortir !
En sortir oui, mais comment ?
 
En partant de la réalité, difficile. Martine Aubry et ses amis ne vont pas lâcher leur « victoire » : c'est leur tempérament et c'est compréhensible. Ségolène Royal et les siens ne vont pas concéder leur « défaite » : ça ne leur ressemble pas, et ça peut l'être aussi. L'hypothèse évoquée d'un « troisième tour », qui tournerait au remake ou à la revanche, est dangereuse. Et un « recompte » ne clarifiera pas la donne. Les militants socialistes, par leur vote, ont exprimé leur insatisfaction, leur perplexité, leur refus de choisir. Les deux candidates étaient de qualité, mais la vérité est que l'une a continué à cliver, pendant que l'autre ne parvenait pas à rassembler, aucune ne convainquait vraiment. On ne peut pas, on ne doit pas diriger un parti avec 50 % des voix contre 50 % : c'est impossible, ça ne peut pas réussir, ce n'est pas même dans l'intérêt des deux personnalités fortes, aux ambitions légitimes, qui se sont affronté hier soir. Il faudra bien que la sagesse revienne, et qu'une solution de raison s'impose. Que peut-elle être ? Il revient aux responsables de motions, sous l'égide du premier secrétaire sortant, François Hollande, et dans le cadre d'un conseil national ad hoc, de la définir. Ils doivent, impérativement, se reparler, passer par dessus leurs préventions réciproques, définir une gouvernance collective, au moins jusqu'aux élections européennes. Il est temps, grand temps, que la rationalité l'emporte, que le sens de l'intérêt général revienne. C'est avec cette préoccupation, cette angoisse même, que j'aborde l'épreuve qui vient, et avec la volonté de me rendre, autant que je le peux, utile à mon parti, utile à la gauche, et de la sorte au pays, qui ne peut pas rester sans opposition valide.

Pierre Moscovici

* * *

Eh bien il fallait continuer sur ta lancée et tenir ta candidature jusqu'au vote de ce week-end mon bon Mosco - ou accepter l'offre de Ségo. J'aurais tellement aimé que tu sortes enfin du rôle de second couteau dans lequel tous veulent t'enfermer. Franchement, je ne comprends pas pourquoi tu as lâché prise aussi vite, toi qui semblais si décidé à prendre la relève, et pourquoi tu as refusé d'être le candidat de l'unité. Maintenant, puisque ce vote de premier secrétaire va mettre une présidentiable à la tête du PS, il ne te reste plus qu'à devenir enfin présidentiable toi aussi.
PS : que Sarko jubilât, certes, mais Bayrou, je ne le pense pas. Il n'a aucune once de mesquinerie. Il sait ce qu'il doit à la gauche, mais il respecte trop les autres pour se gausser d'une telle débâcle. Je ne pense donc pas qu'on puisse lui prêter cette réaction. Lorsqu'il dit que le PS est en fin de cycle, il a raison, même si selon moi ce cycle est fini depuis 2005, et peut-être depuis 2002. On peut en effet s'accorder pour admettre que depuis le retrait de Jospin ils n'ont rien su proposer qui vaille le coup.