Jean_Sarkozy_sur_son_scooterBon sang ne saurait mentir. Ce vieux proverbe aurait-il pesé sur la décision des juges du tribunal correctionnel qui ont relaxé Jean Sarkozy, fils du président de la République dans ce qui aurait dû rester un banal accident de la circulation entre un scooter et une auto ? Difficile de l’affirmer. Le traitement réservé à l’affaire et la condamnation du plaignant à verser à Jean Sarkozy 2 000 euros pour “procédure abusive” laissent pour autant dubitatif.

Le 14 octobre 2005, place de la Concorde à Paris, une BMW est emboutie par l’arrière par un scooter qui prend la fuite. Les deux occupants de la voiture, messieurs Bellouti père et fils affirment avoir relevé le numéro du deux-roues à l’aide d’un téléphone portable, mais ne sont pas en mesure de reconnaître le conducteur coiffé d’un casque. L’immatriculation du deux-roues est transmise à l’assureur de la voiture qui écrit au propriétaire du scooter en janvier 2006 pour réclamer 260,13 euros au titre des réparations engagées. Trois courriers successifs restant sans suite, l’automobiliste décide, en février 2006, de porter plainte. Monsieur Bellouti affirme n’avoir eu connaissance de l’identité du propriétaire du scooter qu’à ce moment-là. Une version mise en cause par Maître Thierry Herzog, l’avocat de Jean Sarkozy. Le deux-roues appartient en effet, à Jean Sarkozy, 19 ans au moment des faits. Le fils de celui qui est alors ministre de l’Intérieur clame son innocence. Il ne sera jamais interrogé par la police. La justice s’en chargera, en mettant les formes.
Le 25 janvier, Jean Sarkozy, “jeune étudiant et jeune homme politique” comme l’a présenté son avocat, le petit prince de Neuilly pour ses détracteurs, est cité devant le tribunal correctionnel de Paris pour délit de fuite, défaut de maîtrise de son véhicule, non-respect des distances de sécurité et dégradation légère d’un bien appartenant à autrui. Près de trois ans après les faits, l’audience s’attarde sur deux rapports d’experts qui estiment que l’accident n’a pu se produire tel qu’il a été décrit. Le parquet demande la relaxe du prévenu. Le jugement est renvoyé au 29 septembre soit après les élections municipales de mars, font remarquer quelques persifleurs. Dans une indifférence médiatique soigneusement entretenue, le verdict tombe lundi dernier. C’est la relaxe pour le conseiller général et président du groupe UMP des Hauts-de-Seine.
En revanche, le plaignant est condamné à verser 2 000 euros de dommages et intérêts au fils du président de la République pour “procédure abusive”.
Jean Sarkozy n’a pas fait le déplacement. Son avocat est là, qui se réjouit ouvertement. Il évoque un dossier vide et se félicite que le simple relevé d’un numéro d’immatriculation ne soit pas suffisant pour matérialiser une infraction. “Je savais que la justice était inégale, mais de là à me condamner pour procédure abusive alors qu’il y avait des preuves et un témoin, c’est surréaliste dans un pays comme la France”, a pour sa part réagi monsieur Bellouti, avouant “rester sans voix”. “Désespéré” et stigmatisant une justice “pour les riches et une autre pour la France d’en bas qui doit se démerder”, il ignorait lundi s’il allait faire appel de cette décision. Reste la question centrale des expertises. Des expertises mises en cause par monsieur Bellouti qui les a qualifiées de “non contradictoires”. “L’expert ne m’a jamais appelé, ni moi, ni le témoin”.
Bon prince, Jean Sarkozy a fait savoir que les 2 000 euros dont il doit bénéficier seront reversés à une association d’enfants malades.

Article Agoravox

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Deux-roues, deux poids, deux mesures, double langage politique, duplicité de la justice, de l'injustice.
Une affaire qui rappelle celle qui avait permis au ministre Sarkozy de retrouver le scooter de son fils Pierre, le brave rappeur producteur de Doc Gynéco, grâce à des tests ADN.

En revanche, en Saône-et-Loire, des parents attendent, pour certains depuis plus de dix ans, que la police veuille bien procéder à des analyses ADN permettant peut-être d'identifier l'assassin de leur fille. Près de quarante meurtres de jeunes femmes ou d'adolescentes de la région, commis entre 1986 et 2005, n'ont toujours pas été élucidés. Des prélèvements sous scellés ont été perdus. Ceux qui n'ont pas été égarés, comme ce bout de manche à balai ayant vraisemblablement servi à assassiner l'une des jeunes femmes, attendent d'être analysés depuis trois ans. Pendant ce temps, l'ADN, et donc la possibilité d'identifier le coupable, se dégrade à vue d'oeil. Scandalisés, des parents de l'association Christelle exigent la création d'une cellule d'enquête dédiée à ces affaires non résolues. Ils ont plusieurs fois interpellé le ministre lors des journées dédiées aux victimes. Le 21 mars 2003, ils devaient être enfin reçus par Nicolas Sarkozy. Mais à leur arrivée, surprise, c'est Cécilia qui les accueille et les écoute, en présence de représentants de services spécialisés. Elle est charmante, souriante, promet de donner suite. Mais rien ne se passe. Corinne Herrmann, qui représente les intérêts de plusieurs familles de victimes de l'association Christelle pour le cabinet Seban, est scandalisée : « Des promesses ont été faites, mais rien n'a été tenu. Les policiers nous disent qu'ils manquent d'effectifs et de moyens pour procéder à des analyses ADN sur des affaires criminelles alors qu'ils en font pour des vols de scooter, c'est incroyable ! »
Si le ministère de l'Intérieur a bien mis les bouchées doubles en matière de prélèvements ADN, c'est uniquement dans le but d'établir un fichier génétique des délinquants. Les analyses ADN sur des affaires de meurtres, certaines remontant à plusieurs années, ne présentent aucun intérêt politique : il s'agit de quelques cas demandant des investigations longues, coûteuses, incertaines, et qui ont donc peu de chance de faire augmenter le beau bilan du ministre en matière de taux d'élucidation. Bref, ce n'est pas une priorité. Allez expliquer cela à la mère de la petite Christelle. Quand elle a entendu dans les médias que le scooter du fils du ministre de l'Intérieur a pu être retrouvé après une recherche ADN, elle a failli tomber de sa chaise. « J'étais hors de moi... Nous, on attend depuis des années ! En France, c'est à croire que la justice préfère arrêter des voleurs de mobylette que des assassins ! »

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