Fabien passe me chercher un midi. On va chez ses grands-parents, à Sahurs, pour cueillir des cerises dans leur grand jardin qui donne sur la Seine. Il fait très chaud, et on finit devant un verre bien frais à l’intérieur. On regarde l’arrivée du Tour de France avec le grand-père, qui m’interroge sur mes études. Je m’accorde un DEUG de philo pour ne pas froisser, tandis que Fabien tente tant bien que mal de se retenir de pouffer. Il m’a averti en arrivant « Fais attention, pour mon grand-père, il n’y a que les diplômes qui comptent, ils ne te considèreront que par rapport à ton cursus scolaire ». Si ça lui fait plaisir. Moi, ça m’a bien fait plaisir d’avoir un diplôme plus élevé que le BEPC pendant environ trois minutes, alors…
Sur la route du retour, je réalise alors que je ne peux pas remplacer ton compagnon : j’ai arrêté mes études, je n’ai pas de métier, pas de situation, pas de salaire. Rien. Je ne suis rien, et je n’ai rien à t’offrir.
Le soir, Marlen m’emmène dans un bar qui ferme à quatre heures et où elle sert de temps en temps, le « Cocktails & Dreams », tenu par Tino, un rital friqué et bedonnant. J’ai l’impression d’être dans un vieux polar ringard et je m’attends à ce qu'Alain Delon débarque d’un moment à l’autre à la porte d’entrée. Il n’y a que des mecs friqués et paumés, des bourgeoises en mal de rencontres, et un serveur homosexuel qui apprécie particulièrement que Claude lui fasse des avances hypothétiques et lui sorte des blagues salaces. Cerise sur le gâteau, il y a aussi un karaoké, où les pires interventions sont de mise, sauf quand c’est le serveur qui chante Aznavour. « J’habite seul avec maman… »