Une dizaine de jours plus tard, le 14 juillet, je donne un concert au "Canadian Pub". Tu es la première arrivée, dès l'ouverture du bar, et ça me fait un plaisir énorme : je l’espérais, sans trop y croire. On a deux heures devant nous : on prend un pot, tous les deux. Tu prends un gin-feez, pour goûter, mais tu n’aimes pas. Je crois qu’on ne parle pas trop, trop heureux d’être là, côte à côte. Ne pas gâcher ces instants, ne pas mettre du bruit là où il y a déjà tellement de chaos intérieur. Claude, le gérant du bar, et mon confident de ces derniers mois, nous donne un sandwich que nous partageons. On fait un billard. On passe un bon moment. Tu me dis que tu pars en vacances avec Laurent dans quelques jours.
Puis le soir arrive et je vais jouer. Pendant le concert, je te devine, je sais que tu es là, à m’observer, depuis notre table. Je suis fier que tu sois là, et je joue pour toi. Ton copain arrive vers dix heures. Je viens le saluer lors d’une pause, mais comme je le sens suspicieux, je ne parle pas trop. Je vois bien que quelque chose s'installe entre nous, mais je n'ai pas le droit d'y croire. Pendant le solo de "For the love of God" de Steve Vai, qui est assez acrobatique à exécuter, je t'entends crier d’enthousiasme. Un cri que j’entendrai souvent par la suite, lors de soirées, ponctuant ta joie de vivre, malgré tout…
Vous partez vers minuit. J'étais content que tu sois là. On joue encore jusqu’à quatre heures du matin, mais le cœur n’y est plus. J'adore jouer, mais ce soir il n'y avait qu'une seule chose essentielle : ta présence, pour moi. Je suis bien content qu’on soit amis et qu’on s’entende bien. Tu commences à m’apporter une joie et des sensations nouvelles. Mais je ne peux m’empêcher aussi de me demander : pourquoi lui, et pas moi ? S’il n’était pas là, je suis certain que je pourrais enfin vivre l’amour. Cet amour que j’attends, que je recherche depuis tellement longtemps…