Le lendemain, très tôt, Fabien vient me chercher. Tellement tôt que je n’ai même pas eu le temps de me poser trop de questions. Nous rejoignons les autres en ville, et tu es là, avec ton compagnon, qui t’a déposée. Tu montes avec Fabien et moi, Cécile et Stan dans l’autre voiture, direction Dieppe. Je vous fais écouter "Altitudes" de Jason Becker. Tu trouves ça beau. Je te dis que mon rêve est de composer aussi beau. Tu m’avoues que ton rêve à toi, c'est Bach... Je suis assis seul à l’arrière, et je contemple ce petit moment de vie. Toi, là, tout prêt, de dos.

A Dieppe, pendant que tu vas te baigner avec Cécile, on va se prendre un petit déjeuner dans les rues piétonnes et on achète des sandwichs. On monte voir le château. Une femme s'est jetée de la falaise, sa voiture est encore là. On va ensuite sur une petite plage tranquille, près de Varengeville. Je filme un peu tout le monde avec le caméscope de Stan, mais il n’a plus beaucoup de bande, donc il faut limiter. Je fais bien attention de te filmer, mais pas trop, pas plus que les autres… Puis je vais m'installer sur un gros rocher, face à la mer. Tu m’y rejoins, et on reste bien une heure à parler, écouter les vagues et le vent. On se regarde peu, on est allongés, les yeux clos pour être bercé par l'autre, sous le soleil chaud et le ciel d'un bleu énorme. On fait une promenade dans la campagne alentour, dans le village aux grandes maisons. Tu marches toujours près de moi, ce qui fait que je ralentis mes pas pour qu’on se retrouve tous les deux derrière, en retrait. A un virage, je me souviens que tu m'attends. On ne se parle pas, je crois. On s'observe. Tu montes sur un talus pour cueillir des framboises. On rejoint lentement les autres. Puis on reprend la voiture et on s’arrête pour faire un foot près d'un stade. On va visiter l'église de Varengeville et le cimetière. Je photographie Cécile. J'écris une carte à Marie. Stan et Cécile décident de rentrer.

Comme on veut encore profiter de cette belle journée et rester ensemble, on va tous les trois prendre un pot sur le port de Dieppe, à une terrasse près de grands escaliers. Je monte pour prendre une photo du port avec toi en bas, et je me ballade dans les ruelles de ce petit quartier qui surplombe le port. C’est comme si j’étais libre de faire tout ce que je n’ai jamais fait, sachant qu’une femme qui pense à moi m’attend quelque part, peut-être même à quelques pas de là. Sur la route du retour, on décide d’aller dîner chez moi. J'ai comme l'impression que tu m'aimes bien, et que tu veux prolonger l’instant. C’est vrai qu’on est bien. Tu restes à côté de moi toute la soirée, attentive à tout ce que je dis, ou fait. Je me sens aimé... Je vous joue de la guitare. Tu me dis de moins forcer sur le pouce de la main gauche. On est crevés, on s'endort. Fabien te ramène vers quatre heures.