Je fais ta connaissance un soir, au début du mois de juillet.
Fabien, mon compagnon d’infortune, m’emmène à une soirée chez Cécile, qu’il m’a présenté une semaine auparavant. L’ambiance est très sympa, et quelque chose me dit que je vais passer une bonne soirée, avec des gens que je ne connais pas. Il y a aussi Stanislas, le compagnon de Cécile, et toi, Camille, une de ses anciennes amies de la fac. Tout le monde est dehors, pour l’apéritif, en attendant de se mettre à table. D’emblée, je te trouve très mignonne. Quelque chose d’unique dans le regard, une voix magnifique, un je-ne-sais-quoi de romantique qui émane de toi… D’ailleurs tu as amené ton violon. Je rêve d’en jouer depuis des années – tout au moins d’essayer - et je m’empresse de le faire. Tu me montres comment tenir l’archet convenablement, et tu me félicites. Cécile nous prend en photo tous les deux, pendant que je joue et que tu me surveilles. Au fond de moi, je me dis : elle me présente à son amie, elle veut la caser, un truc comme ça. Mais il n’en est rien. Pendant le dîner, nous sommes assis l’un à côté de l’autre et nous faisons connaissance. J’apprends que tu vis depuis deux mois avec un homme de trente trois ans, qui se prénomme Laurent lui aussi. Ca me fait bizarre d’apprendre ça, forcément. Mais je suis loin de faire le poids… On s’aperçoit qu’on était au lycée Jeanne d'Arc à la même période - on a le même âge, à six semaines près - et qu’on a des amis en commun : Clément, le bassiste, et Manuel, le violoniste. Tu me dis aussi adorer Christian Bobin. Décidément, on est fait l’un pour l’autre. Après le repas, on fait des cadavres exquis, on boit, on écoute du vieux jazz et je me sens bien, comme rarement je l’ai été. J’ai l’impression d’être entouré de gens qui vont compter dans ma vie, que ce sont de belles rencontres, qui vont rester.

Tout le monde s’en va vers trois heures du matin. Fabien et moi nous baladons tranquillement en ville, en voiture, en faisant des détours jusqu’à chez moi, fenêtres ouvertes, en écoutant du Oscar Peterson. Je ne te connais que depuis à peine cinq heures, je ne sais même pas si on se reverra un jour – il est vaguement question d’aller à la mer le lendemain tous ensemble - mais je suis heureux et confiant : j’ai l’étrange préssentiment que tu vas jouer un rôle important dans ma vie. Reste à savoir lequel…