En cherchant à rendre immédiatement applicable la "rétention de sûreté" malgré la censure partielle du Conseil constitutionnel, Nicolas Sarkozy a provoqué un tollé à gauche et dans le monde judiciaire où on l'a accusé de mettre à mal "l'Etat de droit". Tour à tour, les ténors du PS ont dénoncé samedi une "dérive grave" du chef de l'Etat, une tentative de "contourner" la décision du Conseil présidé par le très chiraquien Jean-Louis Debré. Une décision qui n'est pourtant susceptible d'aucun recours, ont martelé les anciens gardes des Sceaux Robert Badinter ou Elisabeth Guigou. A deux semaines d'élections locales périlleuses pour la majorité présidentielle, les sarkozistes ont répliqué en dénonçant un "déferlement haineux" du PS. Détonateur de cette nouvelle polémique: la volonté du chef de l'Etat, au nom de la "protection des victimes", de trouver comment mettre en oeuvre sur le champ de cette loi née et adoptée dans la controverse, et rendue quasi-inopérante par les Sages du Palais Royal. Ceux-ci ont - sans surprendre les constitutionnalistes - censuré la rétroactivité de la rétention de sûreté, qui vise les criminels jugés dangereux, à l'issue de leur incarcération. Elle ne s'appliquera donc pas à ceux qui purgent actuellement leur peine, à moins qu'à leur sortie de prison, ils ne respectent pas leur contrôle judiciaire (bracelet électronique, soins...).

La loi touchant les condamnés à 15 ans au moins, les Sages ont donc renvoyé à 2023 ses premières applications... "Un revers sérieux pour Nicolas Sarkozy, dans un domaine essentiel pour lui, la sécurité, et dans un moment où il semble ne plus avoir la main", selon un observateur spécialiste de la Constitution. Un moment aussi où il doit encaisser des sondages toujours plus alarmants : dans le plus récent (IFOP-JDD) il accuse un retard de 19 points sur son Premier ministre. Le chef de l'Etat, qui avait voulu ce texte après des faits divers dramatiques, dont le viol d'un petit garçon par un pédophile récidiviste en 2007, l'a redit samedi: "ce qui est important pour moi, c'est qu'on ne laisse pas des monstres en liberté après qu'ils ont effectué leur peine". "Le devoir de précaution s'applique pour la nature, il doit s'appliquer pour les victimes".

Il a donc demandé au premier président de la Cour de cassation, Vincent Lamanda, de lui faire "toutes propositions nécessaires" en vue d'une application sans délai. Démarche dans laquelle Jean-Marc Ayrault (PS), a vu une "stupéfiante atteinte à l'Etat de droit". "Dérive dangereuse de la part de celui qui est chargé par la Constitution de veiller au fonctionnement régulier des pouvoirs publics", a accusé André Vallini, secrétaire national socialiste à la justice. Le constitutionnaliste Guy Carcassonne a rappelé sur France Inter que, "très clairement", les décisions du Conseil "s'imposent à tous", faute de quoi le contrôle qu'exerce cette haute juridiction "perdrait tout son sens". La Conférence des bâtonniers, représentant les avocats de province et de banlieue parisienne, a vu dans l'initiative "une violation du respect dû aux principes constitutionnels" et le Syndicat de la magistrature un "coup de force inacceptable". Les proches du président ont contre-attaqué: "les socialistes sont du côté des coupables plutôt que des victimes", pour Yves Jégo (UMP). Nadine Morano est allée plus loin, accusant le PS de se mettre "clairement du côté des assassins".

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rachida_dati___Alors ça c'est pas mal comme vanne je trouve.

Moi aussi, depuis le début de cette affaire, je me demande pourquoi je trouve cette loi inacceptable, et je m'aperçois soudain que ( alors que je ne suis pas PS, mais MoDem ) je suis en fait du côté des assassins. Mais sans doute pas de la manière dont madame Morano conçoit ce terme. Du côté de la justice. Du côté de gens qui ont commis une faute ( bien souvent des crimes horribles ), qui ont passé des années en prison ( et rarement dans un endroit qu'on devrait aménager plutôt que ce centre de rétention : un hôpital prison digne de ce nom ), et qui sont menacés d'être à nouveau incarcérés, non pour ce qu'ils ont fait ( puisque la peine est belle et bien purgée ), mais pour ce qu'ils sont susceptibles de faire, pour ce qu'ils sont ( des assassins donc, puisqu'ils ne sont pas soignés durant leur peine ). Du côté de ceux qui se verraient priver de leur liberté par simple décision dictatoriale. Et rétroactivement en plus.

C'est magnifique comme idée, et comme vision de la justice pour notre pays. Heureusement que nos dirigeants et décidants sont là pour reprendre les choses en main. Enfin, si les Institutions décident qu'elles ne servent plus à rien et que notre nabotléon peut faire comme bon lui semble dans son empire. S'il veut une justice commandée par l'émotion, autant laisser les familles des victimes juger elles-mêmes, la vengeance serait alors de mise, et on aurait des émeutes comme à Villiers-le-Bel tous les jours. Après tout, ça m'étonnerait que ça le dérange beaucoup, davantage de violence, ça redonnerait du grain à sa politique sécuritaire. Une "séquence" de plus, avant les municipales.

Si on veut être un peu sérieux et raisonnable, ne serait-il pas plus judicieux d'augmenter le budget de la psychiatrie pour la moderniser et la rendre plus humaine, elle aussi ? Parce que si l'impossibilité de condamner Romain Dupuy est à l'origine de cette loi, il faut se rappeler qu'avant les faits on lui avait refusé l'hospitalisation en déclarant à sa mère "nous le reprendrons quand il sera au plus bas". Fallait-il le laisser en liberté à cette période où il était gravement atteint de troubles schizophréniques ? Lorsque son ex-petite amie, qu'il avait frappée, et son père prévenaient la gendarmerie "mon fils est en crise, il est capable du pire", ne pouvait-on pas agir ? Et quel traitement avait-il subi pour en vouloir à ce point aux "blouses blanches" ?

Bref, en nabotléonie, on ne cherche pas à résoudre les problèmes, on promet qu'on va s'occuper des conséquences.

Concernant le principe ( ici "devoir" ) de précaution, un billet de mon ami Gilles