Vendredi 30 Novembre 2007

Photo_0098Je vais en ville avec Fabien, Lise, et ma petite MIO sur les épaules. D'abord au Tibar, où je joue un peu de guitare, pour me destresser quelque peu. Un mec d'une quarantaine d'années, en costard, coiffé d'un chapeau, vient s'asseoir à côté de nous et me remplace. Raphaël, très sympa, ouvert et curieux, guitariste d'origine espagnole, qui fait des arrangements jazzy de diverses chansons. Il nous joue « La Javanaise », avec des accords enrichis, et une certaine prédilection pour les suites chromatiques, ce qui a tout pour me plaire. On bouge ensuite avec lui place Charles de Gaulle, dans un bar où il y a un concert de jazz, le Trois Pièces. Lise y a rendez-vous avec une collègue, Anne, que Fabien et moi connaissons. Après une première bière au comptoir avec Raphaël, à discuter, on descend écouter le concert de jazz, des petits jeunes très doués. Je reste à la limite de la cave, au bas des escaliers, et Raphaël va s'asseoir au fond de la pièce. Fabien me rejoint. Derrière lui, je vois une jeune fille qui arrive, une charmante demoiselle déjà croisée il y a quelques semaines dans un bar, au Captain Taverne je crois. Comme elle semble ouverte à la discussion et fort attrayante, je le lui dit, mais elle ne se souvient pas. Par contre elle y va souvent. Mais bientôt le silence et l'écoute imposés par le concert reprennent leur droit.

Photo_0101A la pause, on remonte et je vois une jeune fille sublime au comptoir, sans doute la plus belle que j'aie jamais vu - le modèle parfait pour mon héroïne de BD - et j'essaie misérablement de nouer le contact avec elle. Elle se prénomme Lola, a 18 ans, et est en école d'archi. J'arrive tant bien que mal à soutirer ces informations de sa mère, assise entre nous deux, car la demoiselle, sûre de sa beauté, hautaine, jeune et joueuse, refuse catégoriquement de remarquer ma présence et de m'accorder le moindre mot. Juste quelques regards dédaigneux. Super. Le courant passe nettement mieux avec sa mère, Anne-Laure, 45 ans, architecte, séparée, à qui je raconte mon désir de la prendre comme modèle pour ma BD. Après, c'est un peu vague, je commence à être un peu grisé par l'alcool. Au moment où elles partent, je lui glisse mon numéro dans une petite poche de sa robe. Puis, après cette admirable entrée en matière, je rejoins Raphaël, qui discute avec la jeune fille de tout à l'heure, Alice, 24 ans.

Je me retrouve bientôt seul avec elle. Je ne sais plus de quoi on parle au début. Sans doute de sa voix étonnamment grave. Quelque chose d'indéfinissable dans son regard et son attitude semble m'appeller. Je la trouve très belle, très sensuelle, et je n'ai pas envie de perdre mon temps, ou d'échanger des banalités. Après l'épisode Lola, je n'ai plus rien à craindre niveau ridicule. Je lui demande directement si elle a un copain. Oui, dit-elle, elle va même le voir le lendemain à Paris. Je ne suis plus le même depuis quelques instants : j'ose dire ce que je pense, ce que je désire, je la regarde fixement, j'imprime cet instant au plus profond de moi. Je lui propose de passer la nuit ensemble, sans qu'il ne se passe rien, juste dans les bras l'un de l'autre. Depuis que Laura m'a quittée, j'ai envie de dormir avec quelqu'un, d'un corps près du mien. Quelle meilleure solution que de le demander à une fille qui me plaît ? Elle semble tentée, et ajoute même avec le plus grand sérieux que ce serait encore plus simple s'il se passait quelque chose. "Autant faire l'amour directement". Elle précise que si elle n'avait pas de mec elle sortirait avec moi tout de suite, qu'elle me trouve mignon. Je suis un peu estomaqué, ça arrive assez rarement qu'on me dise cela, et je suis d'autant plus déboussolé que je ne m'attendais qu'à un pâle refus de plus. Comme je me sens envahi par une vague positive et agréable, j'essaie de ne pas gâcher le moment. Je lui dis qu'il se passera exactement ce qu'elle aura envie qu'il se passe. Je crois qu'à cet instant tout s'est passé dans nos regards, et le silence qui allait avec. Je ressens vraiment quelque chose de fort dans ses yeux. Quelque chose de fort qui peut prendre forme entre nous, une attraction sincère, qui ne demande qu'à s'exprimer. C'est cette magie éphémère que je recherche. Le bonheur d'une rencontre, d'un lendemain à construire à deux. Mais lorsque je lui raconte que je sors d'une histoire de huit ans et que je vis encore avec Laura, je la sens brusquement changer d'avis et faire marche arrière. Je ne sais plus quoi dire pour la persuader, d'ailleurs je ne veux pas la persuader, je sens que le désir est passé. Je lui donne mon numéro de téléphone. Elle promet de m'appeller, en plus elle apprécie les hommes qui se baladent avec leur chat, dit-elle. Fabien me tanne pour rentrer, je dois la quitter à contre-coeur. J'aurais bien aimé rester avec elle, parler d'autre chose, qu'elle voie que je ne suis pas un vil dragueur, un habitué de ce genre de plans. Trop tard. En même temps, je ne pense pas qu'on puisse se faire cette idée de moi, mais je n'ai aucune idée de ce que je peux donner comme image de moi. Sur la route jusqu'à sa voiture, Fabien me dit qu'il a insisté pour qu'elle me rappelle. C'est en effet de l'ordre du probable. Je me sens rempli d'un espoir naissant.

Une fois rentré dans mon quartier, je me promène un peu en fumant des clopes, en repensant à tout cela. Je ne peux déjà plus m'ôter cette fille de la tête, c'est vraiment une rencontre étrangement belle et inédite. Je n'ai plus qu'une envie : la revoir, et vivre quelque chose avec elle. Je me rends compte aussi que je ne la connais pas, je ne sais pas ce qu'elle fait, je ne sais rien d'elle. Je lui envoie un texto « Je pense déjà à toi ». Sans doute un peu plus romantique que ma démarche un peu brusque de tout à l'heure, qui l'était pourtant tout autant. J'espère ne pas avoir été trop lourd, et qu'elle me rappellera bientôt. En tout cas, j'attends toute la nuit une réponse à mon texto, en vain...